Mon séjour à l’hôpital en Allemagne

Après cet « accouchement » difficile et éprouvant, je passe 4 jours aux soins intensifs. Je réalise chaque jour un peu mieux ce qui se passe même si je ne percute toujours pas tout. Je m’habitue peu à peu à parler allemand avec le personnel de l’hôpital même si je ne suis pas très à l’aise. J’arrive à me faire comprendre pour l’essentiel. Je me sens physiquement de mieux en mieux même si ma tension est encore vraiment trop haute.
Le 4ème jour, je reçois le feu vert pour quitter les soins intensifs et rejoindre la maternité, 3 étages au dessus de mon Amour. Par chance, mon Amoureux peut partager ma chambre. Mes parents arrivent également à ce moment-là pour nous apporter du soutien.
Ce 4ème jour correspond aussi à ma chute hormonale et à la montée de lait. Autant dire que je passe la journée à pleurer. On me jette un tire lait à la figure en me disant de tirer mon lait toutes les 3-4 heures y compris la nuit. Je ne verrai pas de conseillère en allaitement pendant tout notre séjour ici. Par chance, mon corps a compris qu’il fallait tout faire pour mon Amour est produit du lait en quantité. Je suis soulagée de savoir qu’il sera nourri de mon lait uniquement (bien que celui ci soit enrichi de plein de vitamines et autres choses les premiers temps).


Le service de néonatalogie n’est pas très grand. Dans la salle principale, où nous sommes, il y a 6 couveuses. Il y a encore 4 autres salles où vont les bébés en meilleure santé. On ne les connaîtra pas. Tout le monde peut se voir mais on échange très rarement des mots avec les autres parents. Chacun est tellement concentré sur l’état de son enfant.
Notre Amour est près de la fenêtre au milieu, en face de la grande oreille lumineuse qui indique le niveau sonore. Il grandit dans une couveuse « Giraffe » qu’ils changent toutes les semaines.


Il ne peut pas respirer seul et sera intubé les 12 premiers jours (après 24heures de CPAPP peu concluantes).
Au début, on est tellement en mode survie qu’on ne comprend pas grand chose. On se laisse porter. On essaye de venir voir notre Amour le plus souvent possible et c’est ce qui compte. C’est facile il nous suffit de descendre 3 étages.

Je peux assez rapidement quitter ma chaise roulante et faire quelque pas. Même si je me sens encore extrêmement faible. Je reçois des grosses doses de médicaments contre l’hypertension qui me rendent ko. Après 1 semaine, on nous annonce qu’il nous faudra quitter l’hôpital. Une nouvelle étape qui ne sera pas facile à encaisser. Cela signifie de laisser notre bébé tout seul et de ne plus dormir tout près de lui.

Devenir mère

Quand vous êtes vous sentie mère pour la première fois? Voilà la question que m’a posé la psy à notre retour en Suisse. Je n’ai pas su lui répondre. Était-ce il y a 7 ans quand le projet a émerger? Était ce pendant chaque transfert d’embryon? Au test de grossesse positif? A la première écho? La première fois que je l’ai senti bouger? Ou à notre première rencontre? Et vous c’était quand?

c’est cette rencontre que j’ai envie de partager.

je me réveille le 6 août au soir. Je reprends conscience. Mon Amoureux est là il m’explique que nous sommes à l’hôpital et que notre bébé est né. Il me pose même un faire part de naissance que l’hôpital a fait avec une photo de notre fils et les mots « Hallo Welt Ich bin da ». Je ne capte rien, je ne réalise pas. Ce n’est pas possible. Le bébé est encore dans mon ventre d’ailleurs je le sens encore bouger.

le lendemain matin après une nuit interrompue par d’innombrables bip des machines qui me maintiennent en vie, je retrouve mon Amour et je réalise peu à peu ce qui se passe. Même si c’est quasi impossible à croire. Deux jours avant nous étions à Münich, je n’ai eu aucun signes précurseurs de cette maladie. Tous les feux étaient aux verts. Le gynécologue et la sage femme qui m’ont sauvé la vie m’expliqueront plus tard que c’était une nuit folle ou personne n’a compris ce qui se passait, que c’est extrêmement rare que la situation se détériore aussi vite.

toute la journée du vendredi je ne cesse de demander quand est ce que je pourrai voir mon bébé? L’équipe parle seulement allemand. Je m’efforce à trouver les mots. Je suis en pleurs de ne pas pouvoir le voir. Je n’arrive pas a comprendre que c’est impossible, que lui et moi sommes en train de lutter pour survivre, reliés à des machines. J’ai le cœur en mille morceaux. Seule la présence de mon Amour me tranquillise.

le troisième jour des soins intensifs mon état semble enfin se stabiliser un peu. On m’autorise enfin à aller voir mon bébé, accompagnée d’une doctoresse, d’une infirmière et d’une machine qui leur indique mon état de santé.

cette première rencontre est un vrai bouleversement émotionnel. Mon si petit bébé ne ressemble en rien au bébé que j’avais imaginé durant ma grossesse. Il est minuscule, dans une couveuse, avec plein de câbles et de fils, des machines qui hurlent. Après un parcours de combattants pour devenir parents, un parcours de combattant attend notre bébé pour ses premiers mois de vie.

Il a aujourd’hui 3 mois et je le serre contre moi au moment où j’écris cet article. Il m’a fallu plusieurs mois pour accepter que je suis devenue mère.

Mon accouchement

Nous sommes le 5 août. Il est 19:30. Nous avons trouvé un chouette endroit pour dormir avec notre bus. Je commence à avoir mal au ventre et à me sentir inconfortable. Mon Amoureux me propose que nous prenions une chambre d’hôtel pour cette nuit. Le lendemain nous serons à la maison et si ça ne va pas mieux j’appellerai mon Gyneco.
A l’hôtel je prends une douche chaude et me sens mieux pendant 1 heure avant que les douleurs reprennent. Je stresse un peu, il me semble avoir moins senti le bébé. Mon Amoureux appelle une ambulance, juste pour se rassurer car j’ai de plus en plus mal et j’angoisse. Il ne peut pas m’accompagner dans l’ambulance mais me rejoindra à l’hôpital on devrait vite pouvoir revenir. Le trajet en ambulance me semble interminable, 25 minutes.
Je retrouve mon Amoureux à l’hôpital et par chance le Gyneco qui nous reçoit parle anglais. J’explique où sont mes douleurs. Il me propose de faire rapidement une échographie pour voir si le bébé va bien. C’est le cas, il est dans sa courbe. Il bouge bien. Je suis rassurée, je ferme les yeux, il est minuit. Ce sera mon dernier souvenir avant le lendemain soir 21:00.

Le plan est de m’hospitaliser 2 jours avant de nous laisser rentrer en Suisse et de reprendre des rendez vous de contrôles chez nous. Je reçois les médicaments qu’il faut. Tout le monde se monstre rassurant.

Sauf que à peine une heure après j’ai fait une éclampsie. Après l’échographie j’ai commencé à vomir, à me paralyser et à être incohérente. Ils ont d’abord cru à un AVC. Ils m’ont fait passer un scanner du cerveau pendant lequel j’ai convulsé. Plus le choix il faut sortir le bébé sinon je ne vais pas survivre. On fait comprendre à mon conjoint que nos chances de nous en sortir le bébé et moi ne sont pas garanties. Il est seul en Allemagne et risque de nous perdre tous les deux.

Mon Amour est sortir de mon ventre à 4:10. Il est vivant et minuscule. 810grammes, 35 centimètres. Son papa peut le voir à peine quelques secondes..

On lui annonce que je suis aux soins intensifs seulement deux heures plus tard. Et moi je ne me souviens rien de tout ça. Je n’ai rien aucun souvenir, le dernier est celui de mon bébé gigotant dans non ventre à l’écran.

2ème et dernier trimestre

Les contrôles chez le gynécologue se suivent. Tout se passe bien, le bébé se développe bien. Je me détends peu à peu et commence à imaginer la suite de la grossesse un peu plus sereinement. Même si j’ai encore régulièrement des gros moments d’angoisse.
Mon ventre s’arrondit tout doucement. Par contre je prends beaucoup d’eau. Tant et si bien que les bas de contention deviennent mes meilleurs alliés.

Nous choisissons l’endroit où nous désirons accoucher: une maison de naissance. Notre souhait est que ce dernier se fasse le plus naturellement possible. Après avoir vécu un parcours hyper médicalisé on souhaite s’en éloigner le plus possible pour sa naissance.

Le 31 juillet avec l’accord du gynécologue nous partons en vacances dans notre vieux bus vw. Pas plus de 2 heures de route par jour, nous suivons précautionneusement cette directive. J’achète mon premier pantalon de grossesse. Je suis à 26 SA et je commence à me projeter dans ma grossesse.

sauf que la vie en a décidé tout autrement la nuit du 5 au 6 août. J’ai fait une éclampsie et ai dû accoucher en urgence, en Allemagne.

Les 3 premiers mois

La première échographie pour vérifier que notre petit embryon s’est bien accroché a lieu le 19 mars. Le petit embryon est bien la, bien à sa place. Je n’y crois toujours pas, mon Amoureux est ému aux larmes L’attente jusqu’à ce jour est interminable presque plus difficile encore que les 10 jours avant le test. Quelques jours avant je panique car j’ai des pertes marrons. Le contexte covid me donne encore plus de stress et d’angoisse.
les semaines qui suivront sont marquées par des grosses crises d’angoisse et de pleurs, par 2 visites aux urgences gynécologiques, par 4 échographie de contrôle. Mais malgré toutes ces visites je n’arrive pas à être sereine. Je n’arrive pas à y croire ni à me projeter. Niveaux symptômes c’est le néant. Je vérifie ma culotte 10x par jour, je tâte mes seins 10x par jour.
5 mai: échographie de datation à l’hôpital, notre Gyneco ne fait pas ce type d’echo. Par chance mon Amoureux peut m’accompagner malgré le covid. Ce moment tant attendu ne se passe pas comme prévu. Le Docteur ne dit pas un mot pendant les 20minutes de consultation. On ne sait pas si c’est positif ou non. Quand on lui pose la question il nous répond qu’il faudra attendre les résultats de la prise de sang pour les trisomies. Je repars en pleurs.
Nous annonçons tout de même à ce moment là la grossesse à nos familles. Même ça ne me soulage pas. Je n’arrive pas à croire à cette grossesse miraculeuse que j’ai tant attendu. Je prends toutes les précautions du monde pour ne pas me réjouir et me projeter dans du positif.
Nous espérons que le 2ème trimestre nous apporteras un peu plus de répit. Le monde autour de nous se remet à fonctionner. C’est le début du printemps et d’une nouvelle ère.

FIV 2- TEC

31 janvier 2020, j’ai mes règles. On attaque donc le TEC du seul embryon transférable de la FIV 2.
21 février, notre embryon est transféré. Je fais des visualisations positives durant le transfert et mon Amoureux est tout ému de voir ce tout petit point blanc déposé bien au chaud au creux de mon utérus. On prie de toutes nos forces pour qu’il s’accroche. On sait que ce sera le dernier transfert, je ne veux pas revivre une troisième FIV et de toute façon nous n’en avons plus les moyens financiers.
S’ensuivent les 10 jours les plus longs du monde. Aucun symptôme inconnu, tout est lié à la tonne de progestérone que je prends. On hésite à partir en week-end de ski « au cas où » mais je suis tellement persuadée que c’est un échec qu’on y va quand même. Je me réveille en pleurant le dimanche matin. Tant est si bien que je décide de faire pilou sur ce fameux test de grossesse qui dort au fond de mon placard. Histoire d’être moins déçue pour la prise de sang du lendemain.
Et un miracle apparaît: le test est positif. Je n’y crois pas mes yeux. Mon Amoureux lui était persuadé de ce résultat. Un deuxième test pipi à 4heures le lendemain confirme le positif. Et la prise de sang ne laisse planer aucun doute: après 7 ans d’attente, de pleurs, de désespoir : je suis enceinte!

35 ans, toutes mes dents, pas d’enfant

On y est! J’ai 35 ans et pas d’enfant.

35 ans c’est l’âge auquel je me suis toujours imaginée devenir maman.

35 ans c’est l’âge à partir duquel la qualité ovocytaire diminue drastiquement.

35 ans c’est la catégorie des statistiques sur mon site de PMA à partir de laquelle les résultats flanchent. On passe de 65% à 52% de chance de grossesse.

Mais heureusement je ne me définis aujourd’hui plus uniquement par ce désir d’enfants.

A 35 ans j’ai des projets plein la tête, un job que j’adore, un amoureux extraordinaire et ça c’est tout autant précieux. Je me réveille chaque jour en me sentant chanceuse et en sécurité. J’avance dans ma féminité sans enfant mais épanouie, qui l’eût cru?

Fiv 2

Pour cette FIV 2, nous avions prévu plusieurs changements.

D’abord j’ai commencé avec 4 jours de Progynova. Pour donner une chance aux follicules de se développer de manière plus uniforme. Ca a plutôt bien fonctionné.

Ensuite, nous avons utilisé le Rekovelle et non pas mon ami Gonal-f pour avoir moins d’ovocytes mais de meilleures qualité. Ca a plutôt bien marché, 19 ovocytes récoltés (contre 29 la première fois), 17 matures, 16 zygotes (contre 17 la première fois).

Mais c’est l’ensuite qui a dégringolé. 6 blastocystes la première fois. 2 blastocyste cette fois.

Pas vraiment d’explication, ovocytes de mauvaise qualités, problème génétique, cycle peu propice à une FIV (super et on peut pas vérifier ça avant), produit injecté moins efficace (ah bon mais je croyais que justement il était révolutionnaire ce produit!!).

Nouveauté aussi pour cette FIV- une analyse génétique par le DPI-A (interdit en France sauf erreur). Résultat: 1 euploïde. Ca me semble très faible sur 16 zygotes mais bon on n’a pas le choix.

Il nous reste donc 1 toute dernière chance que ce dernier embryon soit le bon. Parce que sinon nous devrons renoncer définitivement à un bébé avec nos gènes.

FIV 2- c’est parti

Cet automne nous nous lançons donc dans notre 2ème et dernière FIV. La dernière car c’est nous qui payons tout de notre poche, et que pour celle-ci nous devons même emprunter l’argent à nos familles car nous n’avons plus de réserve après les 25’000.- investis dans la première FIV.

Heureusement les choses ont l’air de bouger un peu en Suisse. Certaines politiciennes se mobilisent pour que les frais soient pris en charge par l’assurance. Cependant, c’est encore loin d’être gagné. Nous serons sûrement hors circuit le temps que la situation évolue positivement.

En attendant, les rendez-vous ont démarré pour ce nouveau protocole. J’ai donc commencé le Progynova à J21 de mon cycle pour tenter de synchroniser le cycle de FIV. L’idée est d’obtenir des ovocytes plus uniformes que la dernière fois. J’en avais eu 29 de ponctionnés mais de tailles très différentes.

Ensuite, le médicament de stimulation est aussi différent. Elle m’a mis sous Rekovelle. Celui-ci s’adapte au taux AMH de la patiente. Ca permettrait d’éviter les hyperstimulations.

Nous aurons une FIV ICSI pour cette fois-là puis analyse génétique des embryons à J5 (s’il y en a) avant transfert (si il y a un embryon à transférer).

Nous vivons cette deuxième FIV très différemment de la première. Avec encore moins de faux espoir et un maximum de recul. On ne se projette plus avec un bébé dans les bras à la fin de la FIV car on sait que malgré tous les signaux au vert au départ, la situation ne se termine pas toujours positivement. J’en profite d’ailleurs pour avoir une pensée toute particulière pour celles qui comme moi sont encore dans l’attente, pour celles qui sont en infertilité inexpliquée malgré des années de tentatives, pour celles qui sont passées par le don d’ovocytes pour que ça fonctionne enfin et encore plus pour celles qui ont terminé ce long parcours sans bébé à la fin. Parce que oui la FIV n’est pas un remède miracle à tout, et oui il y a beaucoup de personnes qui n’arrivent pas à avoir d’enfant malgré les progrès médicaux et toute l’énergie mise dans ce parcours de combattante!

On recommence?

L’été a passé et avec la rentrée son lot de questionnement.

Cet été je suis aussi allée voir une praticienne de Reiki qui m’a fait beaucoup de bien. Une espèce de sorcière bienveillante qui devrait libérer tout ce qui m’empêche de tomber enceinte. Bien entendu, malgré ses super taux de réussites avec les autres, sur moi ça n’a pas fonctionné.

Du coup, rendez-vous vendredi dernier au centre PMA pour refaire certains examens qui commençait à dater (depuis 2016 quand même!!).

Rien que d’y retourner, je me suis sentie mal et triste. 3 ans qu’on vient là-bas pour rien. Et dire que notre problème devait être résolu à la 1ère IAC. Tu parles! Je ne suis toujours pas enceinte, mes cycles sont de plus en plus irréguliers et je crois de moins en moins en ma capacité à devenir mère un jour. (même si je me répète bien sagement comme on me l’a dit mes petites phrases de pensées positives!)

Et donc c’est reparti pour une nouvelle tentative de FIV « dès que vous êtes prêts ».

On tente un nouveau protocole: pilule 10 jours, injection rekovelle (un super nouveau produit méga adapté pour les femmes qui répondent trop bien à la simulation comme moi! c’est ça oui…) et ICSI. Puis analyse génétique (DPI-A) pour voir si le problème ne vient pas de nos embryons et si par chance y en a un qui survit à tout ça transfert. Le test era avait montré un décalage de la fenêtre implantatoire, donc on peut tester de décaler la progestérone pour être à jour. Mais ça c’est dans longtemps, très longtemps, très très longtemps. Et c’est si il y a des embryons à transférer.

En attendant, j’essaye de rester zen, de manger sainement, de penser positif, de faire du sport, et de vivre surtout!